Louis Valayan - La guerre contre le cancer au temps du Troisième Reich


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Louis Valayan - La guerre contre le cancer au temps du Troisième Reich


Une grande Civilisation

L’Allemagne de la première moitié du XX° siècle pouvait s’enorgueillir d’avoir engendré la moitié des prix Nobel et de détenir une partie considérable des brevets d’invention du monde. Ses élites maîtrisaient la culture scientifique du plus haut niveau et l’ensemble de la planète jalousait sa médecine. Dans “la patrie des savants et des poètes” venaient s’exercer à l’activité scientifique nombre d’universitaires.

Le Troisième Reich continua la tradition née avec le Romantisme et la “Naturphilosophie”. Que l’on évoque la télévision, les avions à réaction, les missiles guidés, les ordinateurs électroniques, les microscopes à électrons, la fission nucléaire, le traitement des données, tous ces domaines furent soit développés pour la première fois soit portés à un haut niveau durant cette période. La première émission de télévision diffusée avec suffisamment de puissance pour couvrir un espace plus vaste que la planète avait pour objet le discours d’ouverture du Chancellier Hitler aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936. Des innovations majeures touchèrent la physique fondamentale (découverte de la fission nucléaire par Otto Hahn et Lise Meitner en 1938), la recherche sur les hormones et les vitamines, les moteurs d’automobiles, la pharmacologie. Des produits nouveaux apparurent : essence et caoutchouc synthétiques (en 1942, IG Farben contrôlait plus de 90% de la production mondiale de caoutchouc synthétique) ; gaz innervant Sarin ; arme chimique tabun ; méthadone opiacée (synthétisée en 1941) ; création du Demerol sous le nom de “pethidine”. Les ingénieurs de l’aéronautique conçurent les premiers missiles balistiques intercontinentaux (jamais assemblés) et construisirent le premier siège éjectable d’avion. Pour compléter ce bref aperçu des multiples travaux menés à bien, citons les premières autoroutes et le premier enregistrement magnétique...

Une médecine de la Totalité opposée à une médecine de la particularité

L’histoire de la médecine, plus encore que celle d’aucune autre discipline de la connaissance, ne peut être dissociée de l’histoire de la culture. La médecine du XX° siècle a bénéficié d’une révolution technologique sans précédent mais en ce qui concerne les soins de la personne, c’est la médecine romantique, spécialité germanique, qui lie l’organisme humain à l’organisme total, le Gesamtorganismus de l’univers. L’organisme a remplacé le système dans la démarche romantique. Appliquée à l’humain, l’idée d’organisme implique l’obligation de respecter la forme globale de l’individu en état de santé ou de maladie et de ne pas dissocier la médecine du corps de la médecine de l’esprit. Car toute maladie corporelle doit s’exprimer aussi par des troubles correspondants au niveau de la conscience et, à l’inverse, la santé individuelle ne s’enferme pas dans les limites de l’organisme. La personnalité humaine n’est pas prisonnière dans le sac de la peau : elle rayonne alentour, en réciprocité d’influence avec le paysage, l’environnement, et, de proche en proche, elle se trouve en communication avec l’univers tout entier.

Les Romantiques ont retrouvé les inspirations des antiques pharmacopées, dont l’efficacité met en oeuvre des correspondances présentes dans le grand corps de l’univers. Les naturismes, végétarismes, diététiciens qu’ils soient d’aujourd’hui ou contemporains du Troisième Reich perpétuent en réalité les inspirations que l’on trouve dans la Macrobiotik de Christoph Wilhelm Hufeland (1762-1836). On ne peut s’étonner que de 1934 à 1937, la superficie consacrée aux herbes et plantes médicinales fut multipliée par plus de dix, ni qu’à la fin des années trente, Dachau fut le plus grand centre de recherche médico-botanique au monde où on avait créé de vastes jardins botaniques. La plantation produisit la presque totalité des épices consommées par l’armée durant la guerre et, dans les paysages, on favorisait les plantes indigènes, selon la tradition de l’école romantique, synthèse culturelle des arts et des sciences.
Les pharmaciens professionnels furent incités à évaluer l’efficacité de ces herbes, pour éviter de renouer avec les erreurs du siècle précédent lorsque le principe d’homéopathie découvert par Samuel Hahnemann (1755-1843) conduisit ce dernier à une étude systématique des drogues et de leurs effets mais, lorsque son influence généra une pharmacopée spécifique, il fut haï et persécuté par la corporation des pharmaciens traditionnels qui l’obligèrent à s’installer en France.
Médecine de l’homme malade, et non agrégat de techniques, la médecine romantique a imposé durablement un état d’esprit et un système de valeurs même si les progrès majeurs de la connaissance arrivèrent dans la deuxième moitié du XIX° siècle. Le sens de l’irréductibilité de la vie en tant que phénomène global hors d’atteinte des réductions analytiques s’oppose toujours aux tenants du mécanisme scientiste. Une figure emblématique est celle du physiologiste Johannes Müller (1801-1858), pionnier de la médecine expérimentale.

Du Romantisme à la médecine expérimentale

La médecine expérimentale, fondée sur l’observation et l’expérimentation rigoureuse des faits, est associée au nom de Johannes Müller qui réagit contre les outrances de la Naturphilosophie tout en ne se laissant pas embrigader parmi les militants du réalisme matérialiste à courte vue. Il s’efforce de cerner la spécificité de l’ordre vital, manifestée dans les phénomènes organiques. En 1830, il débuta l’analyse microscopique des malignités et découvrit que les tumeurs étaient composées de cellules. Maître des grands savants Hermann Helmholtz (1821-1894), neurologiste de premier plan, Ernst Haeckel et Rudolf Virchow (1821-1902), ce dernier déclara dans le discours funèbre en hommage à leur Maître “C’est ainsi que luimême devint aussi, comme il l’avait dit d’un de ses grands prédécesseurs, un prêtre de la Nature à titre permanent”. Un langage parfaitement romantique qui montre que la chaîne des inspirations n’est pas interrompue, que la rigueur expérimentale, la longue patience de la recherche au laboratoire n’est nullement incompatible avec la divination sympathique des forces vitales à l’oeuvre dans les organismes vivants. Johannes Müller s’était aussi illustré en 1826 par la formulation du principe de l’énergie spécifique des nerfs. Cette loi fondamentale de la neurobiologie est une application du principe de l’autonomie du vivant qui, bien loin d’être soumis passivement au déterminisme des excitations extérieures, réagit dans chaque cas en fonction de sa propre structure et des énergies particulières qu’elle met en oeuvre. Les acquisitions des sciences exactes ne se suffisent pas à elles-mêmes ; ceux qui s’en contentent s’enferment dans le cercle vicieux de la positivité, sans prendre garde que les résultats des recherches scientifiques ne sont valables que sous réserve de leur relation à l’humanité de l’homme.

Pour une libre disposition de son destin

Autre élève de Müller, le fondateur de la psychologie moderne, expérimentale, Wilhelm Wundt (1832-1920) qui créa à Leipzig en 1879 le premier laboratoire de psychologie expérimentale. Wundt maintient en même temps la primauté d’une préoccupation anthopologique. La psychologie individuelle est complétée par une Völkerpsychologie, ou psychologie collective, dont l’instrument essentiel est la méthode comparative, qui s’attache à l’étude du langage, des mythes et religions, des institutions. Wundt fait oeuvre pionnière en étudiant les mentalités et développe une réflexion sur les catégories de communauté, en particulier celle du peuple, expression par excellence du romantisme inventeur du thème des nationalités. On rattache aussi à cette lignée les ouvrages de Tönnies, Communauté et société (Gemeinschaft und Gesellschaft), celui de Karl Jaspers, Philosophie des conceptions du monde (Philosophie der Weltanschauungen, 1919), et la trilogie de Cassirer Philosophie des formes symboliques (1923-1929). ...


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